La Belle Histoire

La Belle Histoire #1 : Les Nainggolan

Cette transition entre la saison 2014/2015 et la saison 2015/2016 a été pour moi l’occasion d’innover et de vous proposer cette nouvelle rubrique. Ainsi, la rubrique “La Belle Histoire’’ prend place sur ONLY FOOT.

 

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Riana et Radja Nainggolan sont des jumeaux footballeurs évoluant à l’AS Roma. Ils sont les deux premiers personnages mis en avant dans cette toute nouvelle rubrique, “La Belle Histoire’’.

 

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On peut dire que la famille Nainggolan a une histoire qu’on pourrait classer de “dramatique’’. Au premier coup d’œil, on comprend d’emblée que Riana et Radja ne sont pas deux personnes banales. Vous pouvez remarquer des traits de visage d’origine asiatique, une passion pour les tatouages, boucles d’oreilles et coiffures extravagantes. Maintenant que vous en savez un peu plus sur eux, il est temps de se plonger dans leur histoire, dans les moindres détails…

 

L’histoire de la famille Nainggolan débute à Anvers, en Belgique. C’est là que leur mère d’origine flamande, Lizi Bogaerts, rencontra un étranger Indonésien, Marius Nainggolan. Ils tombèrent amoureux l’un de l’autre. Il faut savoir qu’à Anvers, terre d’accueil de réfugiés, de nombreuses communautés ethniques sont présentes.

Le 4 mai 1988, Lizi Bogaerts accoucha de jumeaux, une fille et un garçon, Riana et Radja. Cette date restera sans doute le plus beau jour de l’existence de cette mère si héroïque par la suite. Jusqu’à là, la famille Nainggolan vivait une vie tranquille et paisible, comme une famille normale.Nainggolan300x200

Mais subitement, lorsque les jumeaux étaient âgés de six ans, le père décida de quitter la famille et retourna en Indonésie, sans prévenir… A ce moment-là, c’est un véritable choc pour Lizi et ses enfants, d’autant plus que ce départ reste inexplicable. Depuis ce jour, la mère des jumeaux a dû travailler dur pour assurer la prospérité de ses enfants. Par conséquent, elle a assumé deux emplois en tant qu’assistante sociale.

« Elle a fait ça pour nous. Notre mère s’est toujours placée au second plan, elle s’est sacrifiée pour nous » déclare Riana dans le film “De Pleintjes’’. Mais malgré tous ces efforts, l’argent ne coule pas à flot chez les Nainggolan. Ce passé difficile a renforcé l’amour mutuel entre les jumeaux et les a rapprochés encore plus l’un de l’autre. Il faut dire que Radja a été pour Riana, non seulement son frère, mais aussi un ami et une sorte de substitut à son père.

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Chez les Nainggolan, le football est une véritable histoire d’amour. Radja, dont le nom signifie “roi” en Indonésien (« RAJA »), était un garçon énergique tout comme sa sœur qui avait l’habitude de jouer avec les garçons. D’ailleurs aujourd’hui encore, Riana n’a pas perdu cette énergie car, également passionnée par les arts martiaux, elle pratique à ce jour le Kick-boxing. Riana et Radja sont fascinés par le football depuis l’enfance. « C’est notre père qui nous a transmis cet amour pour le football car il nous emmenait souvent au parc pour aller jouer au ballon » se rappelle Radja.

Dans “De Pleintjes’’, un film documentaire sur la ville d’Anvers (où les amoureux de football sont nombreux) et son engouement pour le football, on retrouve différents locaux qui nous font part de leur amour pour le football, notamment les Nainggolan mais aussi un certain Moussa Dembélé (milieu de Tottenham) ayant joué pour le Germinal Beerschot tout comme Radja et Riana. Elle s’y confie sur leur quotidien lorsqu’ils vivaient dans leur ghetto à Anvers : « À l’école, j’étais avec des amis mais de retour à la maison, je changeais mes vêtements et hop, je descendais jouer ». C’était pour eux en quelques sortes une façon de se défouler et d’oublier leurs problèmes l’espace d’une partie de football. Les Nainggolan passaient donc beaucoup de temps à jouer au football en bas de leur immeuble, sur ce fameux “Pleintjes’’ (« les places »). Par conséquent, les jumeaux plaçaient leurs études après le ballon rond et ils ont bien fait car désormais, ils sont rentrés l’histoire du football.

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Radja : « Quelques fois, on descendait à minuit, on s’éclatait quelques heures puis on retournait chez nous. Parfois, à peine rentrés chez nous, on prenait le ballon et on ressortait jouer. On habitait tous près les uns des autres, il y avait beaucoup de monde qui jouait, on se connaissait tous, c’était génial ! Il y avait de très bons joueurs ici. J’étais parfois dur avec Riana mais pour sa sécurité, je lui ai quelques fois demandé de ne pas participer à certains matches parce que j’avais peur qu’on lui fasse du mal, qu’elle soit blessée. Il arrivait que l’esprit de compétition prenne le dessus sur le plaisir de jouer. Et ça pouvait devenir dangereux. C’était des matches auxquels je préférais qu’elle n’y participe pas ».

 

Radja et Riana ont rapidement intégrés un club de futsal, celui de leur quartier, le Bloementuin Linkeroever. Ils participèrent à des tournois de foot en salle mais Radja était si bon qu’il rejoignit le K Tubantia Borgerhout VK. Riana (attaquante pouvant également jouer milieu offensif. Je lui remercie d’ailleurs d’avoir eu la gentillesse de m’avoir donné cette information sur Twitter) voulu également rejoindre ce même club mais il n’y avait pas d’équipe féminine. Par conséquent, elle resta à Linkeroever avant de rejoindre le K Kontich FC.

Radja+Nainggolan+Reggina+Calcio+v+Piacenza+dAJw19QmT9AlDe son côté, Radja (milieu de terrain) était trop bon pour un si petit club et c’est à l’âge de 12 ans qu’il va quitter son club pour le FC Germinal Beerschot (2000-2005). Là, il a rencontré un agent, Alessandro Beltrami, qui deviendra par la suite son agent et un ami. C’est Alessandro qui réalisera le premier gros transfert de Radja. A 17 ans, le jeune Belge devient donc un joueur du Piacenza Calcio (2005-2010) (Série B). Depuis son arrivée dans le nord de l’Italie, Radja jouait uniquement avec l’équipe réserve en division inférieure (en Primavera) mais le 28 mai 2006, trois semaines après avoir fêté ses 18 ans, il devient enfin professionnel et fait ses débuts en Série B avec le n°23 dans le dos. Dès lors, il ne retourna plus en équipe réserve. Mais malgré cela Radja était souvent remplaçant et ne jouait que des bouts de matches. A l’époque, l’équipe était dirigée par Felice Secondini, un entraineur que Radja connaissait puisqu’il avait joué sous ses ordres pendant quelques temps avec l’équipe réserve mais les dirigeants du club décidèrent de le remplacer par Stefano Pioli, actuel entraineur de la Lazio, rival historique de l’AS Roma.

Avec Pioli, le milieu Belge a joué plus souvent et par conséquent, a eu l’opportunité d’exprimer son talent, chose qui n’a pas échappé à certain club de Série A. Au bout du compte, en 2010, c’est le club Sarde de Cagliari qui parvient à enrôler Radja. Riana change elle aussi de club et franchit un palier puisqu’elle s’engage avec le Beerschot puis quelques années plus tard avec le Royal Antwerp FC.

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En 2010, son frère va rentrer dans la cour des grands puisqu’il intègre la Série A avec le Cagliari Calcio (2010-2014). Il fait donc ses grands débuts dans l’élite avec Massimiliano Allegri (actuel entraineur de la Juventus) qui lui offre peu de temps de jeu. Le n°4 joua seulement 216 minutes lors de sa première saison avec Cagliari. Etant quelqu’un à fort tempérament et surement frustré par cette situation, Radja n’a pas su garder son calme lors de sa troisième apparition en Serie A puisque six minutes après son entrée en jeu (à la 63e) face au Chievo Vérone, il est sanctionné d’un carton jaune.

Seulement quelques minutes plus tard, il écope d’un second carton jaune et se voit donc être renvoyé aux vestiaires. De plus, le jeune Belge manquait parfois de ponctualité et arrivait en retard aux entrainements. Pour éviter que cela se reproduise, il s’installa à Assemini, une petite ville située près du centre d’entrainement.

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Après cette période difficile pour Radja, il fut auteur de nombreuses performances de qualités ce qui lui permit de s’imposer comme titulaire et élément indispensable de l’effectif. Radja Nainggolan se fait ainsi un nom dans le championnat italien et les grandes écuries commencent à s’intéresser au natif d’Anvers.

En janvier 2014, au mercato hivernal, le club Sarde prête (avec option d’achat) son milieu de terrain à l’AS Roma. Radja doit donc troquer son n°4 contre le n°44. Il est finalement cédé définitivement au club romain dès le début de la saison 2014/2015.

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Le 18 octobre 2010 est un jour de drame chez les Nainggolan puisque la mère de Radja et Riana, Lizi Bogaerts, décéda.

Riana : « Seulement trois mois avant sa mort, j’ai appris qu’elle avait un cancer. Je pense qu’elle le savait depuis très longtemps mais elle voulait nous protéger, c’est pour ça qu’elle ne nous a rien dit. La dernière nuit a été la pire. Radja devait me rejoindre ce soir-là mais il avait raté son vol. J’étais donc seule avec elle, mais je ne savais pas qu’il était temps de lui dire au revoir. Radja est finalement arrivé le lendemain matin et ma mère lui a aussi dit au revoir ».

Lorsqu’il est arrivé, Riana, qui a essayé de ne pas pleurer, tomba dans les bras de son frère et les jumeaux ont laissé libre cours à leurs émotions. Riana et Radja ont fondu en larmes.

« Je me souviens parfaitement de chacun des derniers mots de ma mère » confie Radja. « Sur son lit de mort, elle m’a ordonné de prendre soin de ma sœur et du reste de la famille. Je ne veux pas la décevoir. Tout ce que je fais, je le fais avec détermination et dévouement. Elle nous a toujours transmis ces valeurs. Et tous les jours, je pleure encore sa mort ».

Riana : « Je ne savais pas qu’elle allait avoir à endurer une série d’injections. C’était son choix, elle a décidé de se faire euthanasier car elle ne pouvait plus lutter contre la douleur. Quand elle est décédée, tout était difficile car je suis resté seule (ndlr – en Belgique puisque Radja était déjà en Italie, à Cagliari -) mais heureusement j’ai rencontré Kenza. Maintenant je suis devenue forte. Grâce à elle (mère), j’ai pu devenir la personne que je suis aujourd’hui. Elle a toujours été là pour moi. Elle est vraiment la personne la plus importante à mes yeux du fait qu’elle était toujours là pour nous défendre. Elle a tout fait pour nous. Ma mère nous a tout donné pour rien en échange. Elle était comme ça, ça faisait partie de son caractère et on a hérité de ça mon frère et moi ».

Les tatouages sont une autre passion chez les frères et sœurs. De cette façon, Riana et Radja ont rendu hommage à leur mère.

« En fait, je ne sais pas exactement combien j’ai de tatouages sur le corps admet Radja. Cependant, j’ai  sais lequel est le plus important pour moi, c’est l’ange sur mon dos, c’est un hommage à ma mère. J’ai également les dates de naissance et de mort de ma mère tatouées en bas du dos ». Riana : « Au total, j’ai 4 tatouages mais ce n’est pas autant que mon frère. » Le premier est son horoscope chinois, un dragon. « Je ne le regrette pas, c’est le premier alors c’est toujours spécial. » Le deuxième : “rêve” et “amour” en japonais. Le troisième : “Kenza”, le nom de son ex-petite amie en Celte. « Je me le suis fait car elle a changé ma vie, complètement, surtout après la mort de ma mère. » Le quatrième : “Lizi’’, le nom de sa mère, dans la langue elfique du Seigneur des anneaux. « Je me le suis fait faire en commun avec mon frère ».

 

B8tDqWeIgAARdkPAujourd’hui à l’AS Roma et en sélection Belge, les jumeaux sont à l’apogée de leur carrière, ce qui est pour eux l’accomplissement d’un rêve d’enfance. Il est temps de jeter un coup d’œil dans le rétro histoire de voir la route parcouru. D’ailleurs, le “Ninja” comme on le surnomme de par sa coupe de cheveux, a récemment prolongé avec les Giallorossi jusqu’en 2020, lui qui n’est pas anodin dans la venue de Riana à la Roma.

Radja : « Si tu n’as rien et que tu veux tout, tu finis par accepter que tu te contenteras d’avoir un peu. Je pense qu’on a jamais eu… je ne vais pas dire qu’on avait rien mais ce n’était pas une enfance facile. Notre père est parti, ma mère avait des problèmes et économiquement les choses sont devenues difficiles. Pour arriver loin dans la vie, il faut faire des efforts et être courageux, tu dois travailler dur. Tu commences avec rien et tu peux te retrouver avec beaucoup. »

AS Roma v ACF Fiorentina - Serie A

Radja : « J’ai tout donné pour y arriver. Si j’en suis là aujourd’hui, c’est grâce à mon travail. Ce n’est pas grâce à quelqu’un d’autre, personne ne m’a trainé jusqu’à là, c’est moi seul qui l’ai fait. C’est agréable de pouvoir dire qu’on était dans une situation difficile il y a longtemps et de constater que maintenant nous sommes arrivés très loin en fait. »

Riana et Radja Nainggolan sont donc les seuls jumeaux au monde à être footballeuse et footballeur, en plus du fait qu’ils jouent pour le même club et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de l’AS Roma. Mais franchement, cette “Belle Histoire’’ n°1 ne vous rappelle pas une autre histoire très célèbre ? Une histoire appartenant à la ville de Rome. L’histoire de Romulus et Rémus, jumeaux pris sous l’aile de la louve, mascotte de la ville de Rome, également présent sur le logo de l’AS Roma en train d’allaiter Romulus et Rémus.

Une réponse à “La Belle Histoire #1 : Les Nainggolan”

  1. Le 16 octobre 2016 à 00:22 Zak a répondu avec... #

    Bel article et belle histoire en effet…

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